
Comédien, écrivain, libre penseur, Jean Kergrist a été longtemps l’indémodable représentant du TNP (Théâtre national portatif), une aventure à laquelle il a mis fin en 2006. Le Glomelois, spécialiste du canal de Nantes à Brest, dont il a signé un docu-fiction en 2009, n’est pas pour autant sorti de scène. Avec Jean Lebrun de France Culture, il anime chaque mois « Les Frères Jean », sur Armortv et signe régulièrement des livres dont le dernier « Les nouveaux conseils à gogo », illustré par Nono. Et quand les circonstances l’exigent, le Sous-Secrétaire d’Etables n’est jamais très loin.
Mercredi
Au réveil, je me suis précipité sur Ouest-France et le Télégramme. La lecture des deux quotidiens régionaux concourt, autant que le café, à mon réveil matinal. Souvent mon sang ne fait qu’un tour et je fonce, tasse à la main, sur mon clavier d’ordinateur. Hier matin, à la départementale O-F, un titre m’avait fait bondir : « Algues vertes : un scientifique dédouane les paysans ». J’ai tout de suite flairé de quel chapeau sortait ce « scientifique », qualifié aussi de « chercheur » par le journal. Ils sont deux, depuis une vingtaine d’années, payés par le lobby agroalimentaire, à se présenter comme porte-parole d’un fantomatique « Institut de l’Environnement », jouant la confusion avec l’ex et très sérieux Institut Français de l’Environnement d’Orléans. Ils se nomment Buson et L’Hirondelle. Drôles d’oiseaux ! Cette fois c’est Buson qui monte au créneau. Les deux litanies habituelles - les algues vertes ne sont pas dues aux nitrates et, de toute façon, les nitrates sont bénéfiques pour la santé - sont grossies d’une nouvelle trouvaille : pour lutter contre les marées vertes, dues aux marées noires (sic !), il suffit de récolter des tonnes de bigorneaux, puis les rejeter en mer sur les fonds sablonneux. Freinant le passage de la lumière, les bigorneaux empêcheront les algues de se développer. Une vraie recette de grand prêtre vaudou pour un poisson d’avril ! Rien ce matin dans le journal. Ma réaction à cette interview ubuesque n’a pas été publiée. Je vais me rattraper sur mon site Internet.
Jeudi
Toujours les journaux ! En plus des deux quotidiens régionaux : Le Poher, Le Monde, Science et Vie, Télérama, le Canard, Siné hebdo, Le Monde Diplo, Courrier International… J’en suis grand consommateur. Dans l’arène de la vie, ils m’ont, depuis des dizaines d’années, enfoncé chaque jour dans le flan leurs banderilles. Heureuse surprise ! Télérama, au courrier des lecteurs de cette semaine, vient de publier ma réaction au numéro daté d’une quinzaine de jours, titrant sur « la France moche » de ses zones urbaines périphériques. J’avais signalé à Télérama que les zones rurales ne sont pas mieux loties : « Ah ! Le son des taules rouillées le soir au fond des bois ! ». Ils ont publié intégralement mon texte. Sauf que mon jeu de mot est passé à la trappe. Le correcteur a cru bon de rétablir « tôles » au lieu de « taules ». Cochons et poulets risquent de se faire la belle.
Pas de queue ce matin à la pompe. La tension doit sans doute se relâcher du côté de Dunkerque. Mardi, j’avais voulu faire le plein. Impossible d’approcher. Craignant sans doute l’annonce d’une nouvelle guerre mondiale, la foule des conducteurs, sur quatre rangs serrés, attendait sa ration. J’ai vu une dame très digne ouvrir sa portière arrière pour cacher à la caissière le remplissage de son arrosoir. Étonnante, cette peur panique de manquer ! Encore plus étonnante cette société pétrolière, venant d’engranger des milliards de bénéfice, et qui ne songe aussitôt qu’à supprimer des emplois ! À qui le tour ? Sans doute à la BNP, qui vient d’annoncer 5,8 milliards de bénef en 2009 !
Vendredi
Ma balade pédestre quotidienne m’a réservé aujourd’hui une belle surprise. Craignant la boue, suite aux pluies incessantes de la semaine, j’avais choisi les hauteurs. J’adore redécouvrir sans fin ces paysages irlandais, contreforts des Montagnes Noires allant du Minez Du, sur Glomel, à la Calotte St Joseph, sur la Trinité Langonnet. Cette fois, j’ai poussé jusqu’au bois de Kerjean, à la limite de Paule et Tréogan. Vers Kerlescouarn, je croise une dame d’une soixantaine d’années, un peu effrayée de me voir ainsi flirter avec la lisière de la forêt, comme si je m’apprêtais à entrer en un lieu maudit :
-Il y a quinze ans, un soir de novembre, je me suis perdue dans ce bois. -Allez plutôt sur la droite, vous verrez la pyramide.
-Une pyramide ?
-À la gloire d’un chasseur, tué à cet endroit.
Le monument, planqué en plein bois, est, en effet, imposant. Une date est gravée dans le granit : 1842. Tout autour, une enceinte de pierres donne au lieu sa majesté. 1842 ! Date étrange ! Ne correspondant à aucune guerre, ni révolution. Je commence à bien connaître ce 19e siècle. J’ai calculé que, si j’étais né juste avant la Révolution de 1789, j’aurais connu au moins une dizaine de changements de régime politique. Avec mes réactions épidermiques à l’actualité, je n’y aurais certainement pas survécu. À l’époque, la guillotine était plutôt nerveuse. Je me mets en quête d’informations plus précises. J’entends une meute de chiens. Un chasseur, cor en bandoulière, dans l’incapacité de m’en dire davantage, me conseille de m’adresser au comte.
-Suivez le chemin. Il est là-haut, près de sa camionnette blanche.
Je croise une fourgonnette blanche, mais ce n’est pas la bonne. Il s’agit d’Etienne, retraité de 73 ans, qui va voir ses vaches allaitantes : -Moi aussi je suis comte. Compte à rebours.
Au bout du chemin, je trouve enfin le vrai comte, ½il vif et amusé, démarche alerte malgré ses 88 ans. Il me raconte l’histoire étonnante de cette pyramide, surmontée d’une croix. -Ce sont les restes d’un clocher. À cet endroit, se trouvait autrefois une chapelle. Pendant la Révolution, son chapelain avait été égorgé par les révolutionnaires. Son successeur a subi le même sort. La chapelle a été rasée. Cinquante ans plus tard, un chasseur a remonté le clocher en hommage à un baron du lieu, grand chasseur de loups.
La dame de Kerlescouarn avait un peu mélangé les deux histoires. La tradition orale, je m’en suis rendu compte en travaillant sur l’histoire de la Tranchée de Glomel, n’est pas toujours très fiable.
Samedi
Courriel de mon compère Jean Lebrun, de France Culture, avec qui j’anime « Les frères Jean », une émission mensuelle d’Armortv : il me propose de lui donner la réplique dans la lecture de « L’un de nous deux », une pièce de Jean-Noël Jeanneney qu’il doit créer en juin à Saint Dizier, puis à l’atelier Picasso, rue des Augustins à Paris. À cette évocation de Picasso, ma petite dernière s’est exclamée : -Picasso ? La classe !
Difficile maintenant de refuser ! J’interpréterai le rôle de Léon Blum, Jean Lebrun sera Mandel. Long dialogue entre eux deux, livrés par Pétain aux Allemands pendant la guerre, et enfermés dans une petite maison, proche de Buchenwald. J’arrive juste de Lyon après un reportage de huit jours - à l’antenne de France Culture le 24 mars- sur l’affaire Raton, un procès de l’après mai 68. Depuis que j’ai décidé de quitter la scène, je n’ai jamais été autant sollicité. C’est dans l’air du temps : puisque leurs retraites sont si maigres, faisons travailler les vieux !
Dimanche
Je viens de remettre ma copie au Plancher pour le prochain Power Hebdo, supplément au Poher à paraître à la mi-mars. Il s’agit, cette fois, de se projeter en 2060, 50 ans en avant. Exercice des plus jubilatoires. Comme nous sommes 7 ou 8 à nous y atteler et que les articles ne sont pas signés, le lecteur est gratifié d’un petit jeu supplémentaire : qui a écrit quoi ? Patientez chers lecteurs, ce sera dans 15 jours.
Lundi
J’apprends, par un ami généralement fiable, que le préfet de région vient de demander à ses collègues des départements bretons un moratoire, durant la campagne des régionales, concernant les décisions sur les installations classées. Mettrait-il enfin en ½uvre la promesse de notre Secrétaire d’État à l’écologie Chantal Jouanno, qui nous promettait une belle partie de karaté contre les algues vertes quand elle déclarait vouloir « mettre fin aux extensions des élevages, sous quelque forme que ce soit » (5 septembre 2009, 18 h 30, sur France Culture) ? Je crains, plus prosaïquement, qu’il ne s’agisse que de « sauver le soldat Malgorn », son ex-collègue.
De quoi avez-vous parlé cette semaine ?
Chez Jo Bar à Gourin
A Gourin, l’actualité a été dominée par un fait divers peu banal : la découverte d’un cheval mutilé, retrouvé sans tête, ni pattes dans un fossé à Sainte-Julienne. « Les clients en ont beaucoup parlé. Ils ont été choqués », relate Jean-Luc, le patron. Quoi d’autres ? Les Jeux Olympiques d’hiver à Vancouver que la clientèle a pu regarder sur grand écran dans le bar. « La tempête et les inondations en Vendée ont été très commentées. Chez nous, je n’ai entendu parler que des inondations de caves ».
Ti Coat à Treffrin
Chez Jean-François, Jeff pour les habitués, c’est « évidemment la tempête » qui était au coeur des discussions, « même si, ici, on n’a pas trop morflé », confie le patron. Sinon ? « On est un bar de sportifs, et on parle des défaites et des nuls à répétition de Guingamp. Il y a aussi des pro-Brestois qui viennent ici, donc on se chambre les uns les autres », résume le pro En-Avant. Et au Ti Coat, on parle aussi politique. Pas des Régionales, non, mais des institutions publiques, trop nombreuses au goût de certains habitués : « Mairie, conseil général, régional, députation... Ils se demandent à quoi sert tout ça ! »
L’Autre rive à Berrien
A Berrien, on se remet difficilement de l’incendie qui a touché la Tavarn Ty Elise à Plouyé. « Cela a marqué les esprits, raconte Marc, le patron. Ce bâtiment faisait partie de l’inconscient collectif. Maintenant, la question que tout le monde se pose, c’est de savoir si Byn va rouvrir la Tavarn ». Autre thème : l’avenir de l’agriculture, sujet d’une rencontre organisée au bar vendredi. « Les difficultés de la filière lait ont été très largement évoquées. On pourrait résumer la soirée par ce constat : face à la crise, on s’en sortira ensemble, ou on crèvera ensemble ». A l’Autre Rive, on aime aussi les livres. Bouquin de la semaine : « Le conflit, la mère, la femme » d’Elisabeth Badinter. « Il y a eu un débat très tranché entre les partisans et ses détracteurs. Beaucoup m’ont dit qu’avec ce livre, l’auteure avait fait très fort ».
La Taverne des Ducs à Gouarec
De quoi a t-on « causé » au pied du comptoir à la Taverne des Ducs cette semaine. Le sujet « number one » n’a pas été les prochaines élections régionales (avec le passage dans le bourg de Gérard Lahellec, vice-président de la Région) mais le... temps ! Et ils ont le nez fin ces Gouarecains parce que dimanche, le bourg était inondé ! Autre sujet évoqué : la RN 164 à 2 x 2 voies ! Les clients se sont posé une vraie question : « Que va devenir le bourg et ses commerces ? » Enfin, une fois n’est pas de coutume, on a parlé poésie au café avec le projet de maison de la poésie. Pourvu qu’il y ait une buvette (NDLR !)