
Est-ce la fin d’interminables tensions et un tournant pour l’avenir de l’hôpital de Carhaix ? Vendredi 4 décembre, la communauté médicale de Brest et de Carhaix, élargie aux élus et aux représentants du Pays Cob, va prendre connaissance du projet médical en présence d’Antoine Perrin, le directeur de l’Agence régionale de l’hospitalisation (ARH). Ce document fondateur, tant attendu, va rebattre les cartes de l’offre médicale de proximité et détailler les conditions d’application de la fusion dans les services de maternité, de chirurgie, de cardiologie, de médecine… L’enjeu est de taille. Mais ce ne sera pas un chèque en blanc, prévient Bernard Dupont, le directeur du CHRU, qui annonce un déficit de près de 4 ME pour l’exercice 2009 à Carhaix. Interview.
Vendredi 4 décembre, il s’agit bien de présenter le projet médical ?
Oui. En fait, on va surtout détailler le projet médical de Carhaix. La loi «Hôpital, Patient, Santé, Territoire» (HPST) impose de présenter un plan plus vaste, répondant à l’ensemble du CHRU. Mais, je considère qu’il est temps de présenter la nouvelle organisation de l’établissement. Cela fait maintenant près d’une année que le CHU a mêlé son avenir à celui de Carhaix. On veut maintenant que le projet avance sur le terrain et que les patients retrouvent de la confiance dans un établissement de proximité qui, je le rappelle, était dans une situation de blocage il y a moins d’un an. C’est une vérité de bon sens qu’il faut rappeler.
Où en est l’hôpital de Carhaix fin 2009. Quelle est sa situation financière ?
Je ne vous cache pas que la situation budgétaire n’est pas bonne. L’établissement accuse un déficit de près de 4 ME, et ce en dépit d’un recours à l’intérim à la baisse. Cette situation ne pourra pas durer d’autant plus que le CHU de Brest est lui-même dans une situation de déficit. Juridiquement, les deux entités hospitalières, mais c’est déjà le cas en pratique, seront liées sur le plan financier dès le 1er janvier 2010.
Les consultations avancées mises en place ont marqué une première étape encourageante. Les patients sont au rendez-vous. Est-ce la clé du projet médical ?
Oui. La nouvelle organisation, et l’implication du Pr Collet dans le service de gynécologie-obstétrique le démontre, doit être de nature à rétablir la confiance vis-à-vis de l’établissement. La fréquentation des consultations avancées (ophtalmologie, pôle viscéral, chirurgie pédiatrique…) prouve qu’il y avait un besoin de santé sur le territoire. Mieux encore, ce besoin s’est traduit en demande. Il faut bien comprendre que l’hôpital ne fonctionnera que si la population utilise les services. La règle est que lorsque l’on est centre Breton et que l’on a un besoin de santé, il faut se diriger vers Carhaix. Ensuite, selon la pathologie, le patient restera à Carhaix ou sera dirigé vers Brest. La diversité de l’offre de santé à Carhaix ne se fera pas au détriment de la qualité et de la sécurité. Nous visons la même exigence de qualité à Brest et à Carhaix. Des efforts devront être réalisés sur l’accueil des patients. Les médecins libéraux du territoire, par leurs prescriptions, participeront aussi au retour de la confiance. Il y a des efforts partagés à réaliser.
Quel est votre délai d’évaluation ?
Il est bien évident que nous évaluerons ce qui marche et ce qui ne marche pas. Cette démarche s’applique également à Brest. Il faut que d’ici les 18 prochains mois, (au premier semestre 2011), l’hôpital de Carhaix retrouve un niveau d’activité suffisant. Ce qui n’empêchera pas, durant cette période, d’adapter les moyens en permanence.
Avez-vous résolu les problèmes de recrutement et notamment le point central de l’anesthésie ?
Actuellement, les cinq anesthésistes sont encore intérimaires. Ce sont des professionnels de qualité. Pour l’heure, ils réservent leur engagement à la mise en œuvre du projet médical. Mais je ne doute pas que certains d’entre eux vont intégrer prochainement l’établissement sous une forme durable (contractuelle ou praticien hospitalier). Il y a un double enjeu : financier car l’intérim coûte cher, et médical, car on sait très bien qu’un salarié est davantage impliqué dans la marche d’un établissement.
Vous êtes le patron de cette nouvelle entité hospitalière. Ne faut-il pas, pour des raisons de bonne gouvernance, un directeur dédié à Carhaix ?
Non. La nouvelle réforme de la loi «HPST» a confirmé la gouvernance unique. Je ne suis pas pour une double commande à la direction. Pour la bonne marche de l’établissement, je m’appuie sur les chefs de pôle, à qui revient cette mission. C’est le cas à Brest et désormais à Carhaix. A eux de prendre les décisions pour que le service fonctionne.