Dossier du 14/10/2009 à 10:43
La grippe A
Le docteur Gildas Mao, médecin généraliste, est membre du réseau Sentinelles. Il nous éclaire sur l’état actuel de la pandémie de grippe A.

Pouvez-vous nous présenter le réseau Sentinelles ?
Je fais partie du réseau Sentinelles depuis six ans. C’est un réseau de médecins généralistes libéraux, bénévoles et volontaires, répartis sur le territoire métropolitain. Ce système national de surveillance permet le suivi, entre autres, des maladies infectieuses respiratoires les plus courantes dont la grippe. Les médecins Sentinelles recensent régulièrement les pathologies surveillées qu’ils ont rencontrées et communiquent ces informations, chaque semaine, via Internet, ce qui permet d’avoir un suivi précis de leur évolution. Ces données sont étudiées et permettent de détecter et de prévoir la dynamique d’une épidémie. Elles pourront aussi aider à estimer en temps réel de l’efficacité du vaccin antigrippal. Le réseau Sentinelles s’intègre aux dispositifs de surveillance mis en place par l’Institut de veille sanitaire.


Quels sont les autres dispositifs de surveillance de la grippe ?
Le réseau des GROG (Groupes régionaux d’observation de la grippe) surveille aussi l’arrivée et la circulation des virus grippaux sur le territoire français. J’en fais également partie.


Quelles consignes de prévention vous ont été données ?
On n’a pas franchement reçu de consignes. La prévention classique des cas secondaires se limite au port de masque, et au lavage des mains avec des solutions hydroalcooliques. Aux niveaux régional et départemental, la prévention passe par les campagnes de vaccination qui vont se mettre en place et au sujet desquelles nous n’avons pas de renseignements clairs pour l’instant. On sait qu’il y aura des zones avec des centres de vaccination mais comment va se passer la vaccination dans ce cadre-là, on ne le sait pas encore.


Avez-vous reçu de nombreux patients grippés ?
Pour l’instant, trois cas : deux en août et un la semaine dernière. Je reçois par contre de nombreux patients atteints de pathologies respiratoires mais on ne peut pas parler de grippe. Ceci dit, quand un médecin a une suspicion, il effectue un prélèvement, or il s’avère que très peu de prélèvements sont positifs, ce qui peut nous faire dire que pour l’instant la grippe circule peu. Le danger de la situation actuelle est d’ailleurs là : comme dans la plupart des maladies virales, on peut être touché par le virus et ne pas présenter de symptôme, avoir une petite fièvre, se sentir un peu mal quelques jours et ne pas s’en inquiéter. On ne prend alors pas de précautions.


Où en est-on justement dans l’évolution de l’épidémie ?
Pour l’instant, l’évolution de l’épidémie est curieuse, elle échappe à la cinétique des grippes classiques et saisonnières. On pouvait craindre un déclenchement de l’épidémie en septembre mais ça n’a pas été le cas. Le caractère doux du climat depuis la rentrée est peut-être responsable de cette stabilité. Ce délai va accroître l’efficacité de la campagne de vaccination car plus la vaccination se fait tôt avant l’épidémie, plus elle est efficace.


Combien de personnes seront touchées ?
On sait statistiquement qu’une pandémie à nouveau virus touche 50 % de la population dans les deux ans. La moitié de la population va développer la maladie, l’autre moitié non. 25 % de la population aura donc la grippe dans les deux ans.


Quelles sont les contre-indications à la vaccination ?
Les bébés de moins de 6 mois ne seront pas vaccinés ainsi que les personnes allergiques à l’œuf, le vaccin étant fabriqué sur albumine d’œuf.


Qui sont les personnes à vacciner en priorité ?
Le personnel de santé, les femmes enceintes et l’entourage des bébés de moins de 6 mois qui eux ne peuvent être vaccinés, les personnes souffrant de maladies respiratoires, immunodépressives ou de toute maladie entraînant une fragilisation.


Les personnes prioritaires sont donc repérées ?
Oui, en fonction des traitements administrés par les médecins à leurs patients, la Sécurité Sociale établit des listes d’assurés sociaux prioritaires de niveaux 1, 2 ou 3.


La vaccination se fera-t-elle par injection ou comme on a pu le voir aux USA par spray ?
Ce procédé par spray n’est pas à l’ordre du jour en France. Nous utilisons le vaccin classique par injection.


Combien d’injections sont nécessaires ?
A priori, on prévoit deux injections par sécurité. Si les études sur les vaccinations en cours montrent qu’une seule suffit, on supprimera le rappel de vaccination.


Pouvez-vous vacciner vos patients ?
Pour l’instant, à ma connaissance, je ne peux pas les vacciner. Et pourtant en tant que généraliste je suis bien placé pour repérer les personnes prioritaires, mais c’est ainsi... Les choses vont peut-être évoluer mais pour l’instant la réponse est non.


Est-il vrai que les personnes nées avant 1940 ne sont pas sensibles au virus de la grippe A ?
Des études ont montré que les personnes de cette tranche d’âge étaient moins sensibles au virus de la grippe A car elles ont pu être en contact avec un virus se rapprochant. Cela dit, il s’agit de statistiques et ce raisonnement ne se tient pas au niveau individuel à moins que l’on soit joueur. Les personnes âgées doivent se faire vacciner car nous sommes en face d’un virus mutant qu’elles n’ont jamais pu rencontrer.


Pourquoi la grippe A semble-t-elle toucher gravement les jeunes adultes ?
Les jeunes adultes n’ont pas été ou ont été moins en contact avec des virus approchants ; leur système immunitaire très vigoureux peut dans sa réaction aller au-delà de ce qui est recherché par l’organisme et en détruisant le virus, il peut détruire également les poumons.


Tout le monde a donc intérêt à se faire vacciner ?
Oui. Moi je me ferai vacciner et je souhaite aussi vacciner mes enfants.


Quels sont les traitements administrés en cas de grippe A ?
Il existe deux traitements antiviraux mais ces traitements ne sont pas recommandés pour les personnes qui ne présentent ni facteurs de risque ni facteurs de gravité. C’est-à-dire qu’une grippe se traite avec du paracétamol, un antitussif, au lit et on attend que ça se passe tout en restant vigilant.


Le dispositif mis en place vous semble-t-il bien adapté ?
Les gouvernements n’ont pas envie de se faire reprocher un manque d’anticipation. On ne peut pas les blâmer de fonctionner ainsi. Mais il est vrai que les réanimateurs et les généralistes seront en première ligne pour subir l’onde de choc et il est dommage que la vaccination soit le support de la prévention. On demande souvent et à juste titre aux généralistes de faire de la prévention et quand on a l’opportunité de le faire de façon efficace, on ne nous donne pas cette responsabilité.

 

Epidémie ou pandémie ?

Quelle est la différence entre une épidémie, une endémie et une pandémie ?
On parle d’épidémie lorsque l’on constate une augmentation et une propagation à la fois soudaines et rapides du nombre de cas d’une maladie au sein d’une collectivité ou dans un territoire donné.
Par endémie, on doit comprendre la persistance d’une maladie dans un territoire déterminé ou au sein d’une collectivité. Quand on dit d’une maladie qu’elle est endémique dans une région, on comprend que sa présence est connue, signalée, mais cela ne signifie pas qu’elle soit en progression ou qu’elle se répande, contrairement à l’épidémie.
Enfin, le terme pandémie désigne une épidémie qui s’étend au-delà des frontières des pays et qui peut se répandre à l’échelle mondiale.
Endémie, épidémie et pandémie sont trois mots qui désignent la propagation de maladies infectieuses au sein d’une population, mais à des échelles différentes.


Grippe A : une pandémie


Dans le cas de la grippe A (H1N1), il semble approprié de parler de pandémie: le nombre de personnes touchées par la maladie reste faible, mais le taux d’infection est supérieur à la normale et la maladie est présente sur plusieurs continents.

 

«Il est difficile de prévoir un scénario»

Rémi Demillac est le coordinateur de la cellule interépidémiologique de l’Ouest. La cellule, basée à Rennes, qui couvre la Bretagne et la Basse-Normandie, est une antenne de veille sanitaire. Interview.


Quel est le rôle de la cellule ?
Le principe de la cellule existe depuis 1995 et depuis 1997 en Bretagne et Pays de loire. Sa fonction générale est la surveillance des pathologies.


Depuis quand êtes-vous directement impliqués dans le suivi de la grippe A ?
Dès le premier cas en France, la cellule a été activée. On a été d’astreinte dès le week-end du 1er mai. Notre mission était de repérer tous les cas hospitaliers et notamment les contaminations des groupes. A chaque fois, on a réalisé un interrogatoire et un entretien serré pour connaître leur contact et éviter la dissémination du virus. D’entrée, on a été très mobilisés sur les populations à risques : nourrissons, personnes âgées...


Qui sont vos interlocuteurs sur le terrain ?
Les médecins du réseau Sentinelles, les structures hospitalières, les infirmières, le réseau SOS Médecins... Toutes leurs informations remontent à la cellule. On essaie aussi d’anticiper les tensions sur les structures hospitalières.


Quelle est la situation actuelle ?
Il y a eu beaucoup de signalements avec la rentrée scolaire. On constate un redémarrage de l’épidémie aux USA et en Europe. Il est très vraisemblable que l’on connaisse un pic épidémique dans les semaines à venir. En Bretagne, il y a eu plusieurs cas confirmés à Brest, suivis de fermetures de classes. Les vacances de la Toussaint auront peut-être pour effet de casser le processus de transmissions. Il est difficile de privilégier un scénario.

 

REPERES


Les autorités sanitaires françaises ont été informées le 24 avril 2009 par l’Organisation mondiale de la santé de la survenue de cas groupés d’infections respiratoires sévères dans plusieurs villes du Mexique depuis mars 2009. Suite à cette alerte sanitaire, le ministère de la Santé et des Sports a mis en place un dispositif visant à informer, non seulement les voyageurs en partance ou de retour des zones affectées mais également le public et les professionnels de santé.
Pour tout savoir sur la grippe A et son évolution : point quotidien sur le site du ministère de la Santé et des Sports : www.sante-sports.gouv.fr ; dernier bulletin épidémiologique grippe A (H1N1) de l’InVS (Institut de Veille Sanitaire) : www.invs.sante.fr ; site d’information sur la pandémie grippale www.pandemie-grippale.gouv.fr ; site du groupe régional d’observation de la grippe : www.grog.org ; site de l’OMS : http://www.who.int/fr/ ; plateforme d’information grand public : 0.825.302.302 (0,15 euros TTC/min depuis un poste fixe en France, service ouvert du lundi au samedi (hors jours fériés), de 9h à 19h).

Les autorités sanitaires françaises ont été informées le 24 avril 2009 par l’Organisation mondiale de la santé de la survenue de cas groupés d’infections respiratoires sévères dans plusieurs villes du Mexique depuis mars 2009. Suite à cette alerte sanitaire, le ministère de la Santé et des Sports a mis en place un dispositif visant à informer, non seulement les voyageurs en partance ou de retour des zones affectées mais également le public et les professionnels de santé.Pour tout savoir sur la grippe A et son évolution : point quotidien sur le site du ministère de la Santé et des Sports : ; dernier bulletin épidémiologique grippe A (H1N1) de l’InVS (Institut de Veille Sanitaire) : ; site d’information sur la pandémie grippale ; site du groupe régional d’observation de la grippe : ; site de l’OMS : ; plateforme d’information grand public : 0.825.302.302 (0,15 euros TTC/min depuis un poste fixe en France, service ouvert du lundi au samedi (hors jours fériés), de 9h à 19h).


Un peu d’histoire


Les plus grandes pandémies de maladies infectieuses qui ont marqué l’histoire sont la peste, le choléra, la variole, la grippe, le typhus, la tuberculose, la poliomyélite et le sida. Au XXe siècle, on a dénombré trois pandémies grippales. En 1918-1919, la pandémie dite de la «grippe espagnole» (virus A/H1N1) a touché le monde entier. Les pandémies suivantes ont été beaucoup moins sévères : en 1957-58, la «grippe asiatique» (virus A/H2N2) et en 1968-69, la «grippe de Hong-Kong» (virus A/H3N2).


A RETENIR


Quelle est la période d’incubation de la nouvelle grippe A/H1N1 ?
La période d’incubation peut aller jusqu’à sept jours.
Peut-on attraper la grippe en mangeant de la viande ?
Non. Le virus de l’animal ne survit pas à la cuisson. De plus, on a parlé au départ de grippe porcine, mais depuis, on sait que ce virus est le fruit de recombinaisons entre des virus porcin, humain et aviaire.
Qu’entend-on par niveau d’alerte ?
Le niveau d’alerte vise à coordonner au mieux les actions nationales et internationales. Elle n’est pas liée à un degré de dangerosité ou de virulence du virus.


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