
Yann Quintric est médecin au Centre d’Information de dépistage et diagnostic des infections sexuellement transmissibles (CIDDIST) de Bretagne Occidentale au CHU de la Cavale Blanche (Brest).
Le Sida continue de faire des ravages, particulièrement au sein de la jeunesse. Vous confirmez ?
Oui et non. Le nombre de personnes vivant avec le VIH, virus du SIDA, augmente, mais celui ayant un SIDA diminue (le SIDA étant le stade “terminal” de l’infection à VIH.), preuve de l’efficacité des traitements disponibles depuis la fin des années 90. D’autre part la jeunesse est loin d’être la seule touchée. La plupart des nouveaux diagnostics d’infection à VIH sont faits entre 35 et 40 ans.
L'épidémie, gagne-t-elle du terrain ou est-elle en régression ?
L’épidémie se stabilise, sans franche régression. Depuis 5-6 ans, on note un net essoufflement du message de prévention, un abandon des pratiques “safe-sex”, se traduisant notamment par une augmentation des cas de syphilis. D'autre part, on estime qu’environ 1/3 des personnes vivant avec le VIH ne sont pas au courant de leur séropositivité, et n’ont donc pas de suivi médical particulier, pas de traitement, et sont donc potentiellement plus “contaminantes” que les personnes suivies pour leur séropositivité au VIH. D'où l’importance d’un dépistage généralisé à toute la population.
Quels sont les différents modes de contamination ?
Le plus fréquent : la transmission sexuelle, hétéro ou homosexuelle.
Moins fréquent à l’heure actuelle (en Occident) : - la transmission par voie sanguine : toxicomanie intraveineuse et accident d’exposition au sang ;- La transmission materno-f½tale (d’une mère séropositive à son enfant, pendant la grossesse et/ou l’accouchement, l’allaitement).
Existe-t-il des idées reçues ?
Oui. D'abord concernant les traitements : on ne guérit pas du SIDA. Le traitement, s’il est bien pris, permet de lutter efficacement contre le virus, mais celui-ci sera toujours présent. A l’inverse on meurt de moins en moins de SIDA et l’annonce d’une séropositivité ne signifie pas une altération de l’état de santé et/ou le décès à court/moyen terme. Ensuite concernant les modes de contamination. Le VIH ne s’attrape ni par la salive, ni par le contact peau à peau, ni par les moustiques. L’ensemble de la population peut être touché, quel que soit son âge, son sexe, ses préférences sexuelles, son origine. La séropositivité d’une femme ne l’empêche pas d’avoir un enfant : grâce aux progrès de la prise en charge des femmes enceintes séropositives le taux de transmission mère-enfant du VIH est proche de zéro (en Occident), sans avoir un recours systématique à la césarienne, par contre l’allaitement maternel sera fortement déconseillé.
Quelles sont les autres IST ?
La plus fréquente : l’infection à papillomavirus (HPV) responsable des condylomes génitaux, des cancers du col de l’utérus et d’une partie des cancers de la gorge, prévenue par une vaccination, réservée aux jeunes filles de 14 ans (jusqu’à 23 ans dans certaines conditions) et qui doit être dépistée par un suivi gynécologique régulier. Ensuite l’infection à Chlamydia trachomatis, également très fréquente : 1 à 5% de la population générale en est porteuse, sans avoir de signes clinique. La gravité de cette infection tient dans son évolution : risque de stérilité, de grossesse extra-utérine,… Le dépistage se fait par une simple analyse urinaire, le traitement en est simple (une seule dose d’antibiotique) et efficace… La syphilis (petite vérole) et la gonococcie (chaude-pisse) par leur rareté sont deux bons indicateurs du relâchement du “Safe-sex” : en effet depuis 2000-2001 on note une recrudescence importante des syphilis. L’hépatite B, qui peut se prévenir par la vaccination, est également une IST dont le risque est l’évolution vers la cirrhose ou le cancer du foie. Différentes suspicions sur ce vaccin font qu’une grande partie de la population jeune, sexuellement active n’est pas vaccinée alors que le rapport bénéfice du vaccin sur le risque de ne pas être vacciné reste très en faveur de la vaccination… L’herpès peut entraîner des recrudescences invalidantes et est clairement une IST sous-estimée pour sa fréquence et l’impact qu’elle a sur la vie quotidienne. Heureusement des vaccins seront disponibles à court terme (2 à 3 ans j’espère)…”
Quels sont les moyens de prévention ?
Les seuls moyens de prévention sont le préservatif, masculin ou féminin, la vaccination contre l’hépatite B et l’HPV et bien sûr un dépistage généralisé qui, en permettant de traiter les sujets atteints, protège et protégera les partenaires.
En cas de doute quant à une contamination, que faire ?
Il faut se faire dépister, soit au CIDDIST ou plus simplement consulter son médecin traitant. Tous les tests de dépistage des IST sont pris en charge par la sécurité sociale, de même que l’éventuel traitement. En cas de risque d’exposition sexuelle au VIH ou à l’hépatite B (si l’on n’est pas vacciné) un traitement post exposition est disponible dans tous les services d’urgence. Son efficacité sera maximale s’il est débuté dans les quatre heures suivant le rapport, mais il peut être prescrit jusqu’à 48 h, avec une efficacité moindre.
Point Information Jeunesse : une écoute au quotidien
Le Pij (Point information jeunesse), est un lieu-ressource où les jeunes peuvent se confier sous couvert d'un anonymat toujours respecté. Gratuité et confidentialité sont les maîtres mots d'une écoute qui se veut être attentive. Claire et Brigitte accueillent, informent, orientent ou dirigent filles et garçons après avoir entendu leur message. En toute indépendance et, toujours avec discrétion. “La structure, adossée au Claj, possède un important fonds de documents santé et toutes les adresses d'associations et d'organismes spécialisés susceptibles d'aider ceux qui se posent des questions concernant les IST”, assurent-elles.
“Du plaisir au risque”
D'autre part, le PIJ est partie prenante d'une action départementale appelée “T'as la tchatche” dont la thématique nommée “Du plaisir au risque” concerne entre au-tres la sexualité. Pour ce faire, une c@bine téléphonique itinérante (elle était installée la semaine dernière au lycée Diwan puis à Paul Sérusier) va de lycée en collège, suscitant de manière anonyme les messages des étudiants. Ces témoignages sont enregistrés sur ordinateur, mis en ligne sur le site “Paroles de jeunes.net”. Le but de l'opération, connaître la problématique propre à la jeunesse et tenter de la résoudre en mettant en place des actions ciblées. Signalons enfin que le PIJ est présent chaque été sur le stand Prévention Sida lors du festival des Vieilles Charrues.
Centre de planification et d’éducation familiale : discrétion et confidentialité
Le centre de planification et d'éducation familiale de Carhaix fait dans la discrétion. “C'est volontaire”, explique Monique Corre, sage-femme. C'est un service de consultation externe anonyme et gratuit, volontairement tenu à l'écart pour des raisons de confidentialité bien qu'étant installé dans les locaux du centre hospitalier.
“Organisé et financé par le conseil général du Finistère, ce centre accueille des jeunes gens dont la moyenne d'âge oscille entre 14 et 22 ans mais également des personnes plus âgées en difficulté sociale ou en conflit de couple. Information et entretiens pris avec ou sans rendez-vous concernent contraception, grossesse, sexualité, IVG, vie de couple, etc… Les consultations médicales, elles aussi gratuites, ont trait à la mise en place et au suivi d'une contraception régulière, à la contraception d'urgence, au dépistage et traitement des IST, au dépistage du Sida, au diagnostic de grossesse, etc….
"Mes parents ne sont pas au courant"
Farid Madrane, gynécologue obstétricien et Monique Corre, reçoivent deux fois par semaine, les mercredis et vendredis après-midi de 14 à 17 heures. A noter que la ligne téléphonique (02 98 99 20 95) est reliée au service de gynécologie en dehors des heures de permanence, c’est-à-dire qu'elle est opérationnelle 24 h sur 24. Pour l'instant, le centre accueille une majorité de filles telle Marlène (1), 19 ans, qui y vient régulièrement pour un suivi de contraception. “C'est discret, mes parents ne sont pas au courant, mon médecin traitant non plus, confie-t-elle. Je me sens ainsi plus libre. C'est ma vie, cette contraception ne concerne que moi. J'en fais mon affaire, je m'assume pleinement”. A noter que le centre est en mesure de fournir pilules (y compris celle dite du lendemain) et préservatifs gratuitement. La contraception d'urgence (pilule du lendemain) est également gratuite et délivrée anonymement dans toute pharmacie pour les mineures.
Prénom modifié.
Sur les 6 300 découvertes de séropositivité en 2006 en France, 98 l’ont été en Bretagne dont 26 dans le Finistère, 15 dans les Côtes d’Armor, 29 dans le Morbihan et 28 en Ille-et-Vilaine.
Le taux d’incidence du sida augmente en Bretagne. De la position qu’elle tenait dans le début des années 1990, parmi les 6 régions où l’incidence se révélait la plus faible, la Bretagne s’est progressivement positionnée au 12ème rang des 22 régions de France métropolitaine en 2002 (le 1er rang correspondant à l’incidence la plus faible), par un taux d’incidence de 13 cas de sida par million d’habitants (26 cas de sida par million d’habitants en France métropolitaine), puis au 17ème rang en 2003 par un taux de 14. (source ORSB Observatoire régional de la santé de Bretagne).
Point information jeunesse / CLAJ BP 141, Espace du Château Rouge, rue Anatole Le Braz, à Carhaix-Plouguer. Tél. : 02 98 93 32 30.
Point information jeunesse / communauté de communes du Roi Morvan 13 rue Jacques Rodallec, à Gourin. Tél. : 02 97 23 36 93.
Centre de planification et d’éducation familiale 40 rue Ollivier Perrin, à Rostrenen. Tél. : 02 96 29 14 45. Le mercredi de 9 h à 16 h 30, le jeudi de 9 h 30 à 17 h.
Centre de planification et d’éducation familiale Centre Hospitalier, rRue du Dr Menguy, à Carhaix Plouguer. Tél. : 02 98 99 20 95. Le mercredi et le jeudi de 13 h 30 à 17 h.
Centres de dépistage anonyme et gratuit (CDAG) au CHU de Brest (La Cavale Blanche), Médecine Interne
2 - Maladies Infectieuses, Boulevard Tanguy Prigent, à Brest. Tél. : 02 9834 72 07.
Centre hospitalier de Cornouaille (Laennec) CDAG, 14 bis avenue Yves Thépot, à QUIMPER. Tél. : 02 98 52 62 90.
Centre hospitalier Yves Le Foll à Saint-Brieuc CDAG, 10 rue Marcel Proust. Tél. : 02 96 01 72 99.
Centre hospitalier du cenre Bretagne à Pontivy Unité de Médecine Interne, Place Ernest Jan Tel : 02 97 28 42 40
Sida Info Service 0 800 840 800
Sida Info Droit 0 801 636 636