Isabelle Le Buzit-Lemaire est infirmière en psychiatrie depuis 1987. Après plusieurs années de pratique en région parisienne en intra-hospitalier et structure de secteur (centre médico-psychologique), elle participe à la création d’une structure d’accueil des suicidants dans le Sud-Ouest de la France. En 1992, retour en Bretagne, sa région d'origine. Après une formation spécifique reçue à Lyon en 2004, dans le cadre de la stratégie d’action nationale face au suicide, elle sensibilise professionnels ou non à la détection de la crise suicidaire et à la prise en charge de la souffrance psychique dans le Pays Cob.
Le territoire du Pays Cob connaît un taux de suicide important. Pourquoi ?
“Ces constatations restent bien sûr encore à l’étude. Plusieurs facteurs s’imbriquent certainement : d’aucun évoquera des causes sociologiques dues à l’influence de notre culture, de l‘éducation, d’autres parleront d’une influence climatique. Ne pas oublier les difficultés socio-économiques ainsi que le vécu et les antécédents individuels et familiaux de chacun (tentatives de suicides, syndrome dépressif, notion de suicide dans la famille, maladies somatiques difficilement supportées, apports de toxiques et alcool, etc…).
Quelles sont les tranches d'âge ou les catégories socioprofessionnelles particulièrement touchées ?
“En ce qui concerne l’âge, on notera des chiffres importants chez les 30-44 ans. Ne pas oublier les adolescents et les personnes âgées (les taux des décès par suicide sont six fois plus élevés après 85 ans qu’entre 15 et 24 ans). Toute catégorie socioprofessionnelle est susceptible d’être concernée, sachant qu’un individu peut “craquer” par le poids d’un mal-être fortement ressenti, qu’il ne peut plus analyser et pour lequel il ne voit plus d’issue. Même si l’on a tendance à dire que les plus défavorisés sont les plus vulnérables, rien n’est avéré sur ce point. A savoir également que les décès par suicide restent multipliés par trois chez les hommes, par rapport aux femmes.
Quels sont les signes “visibles” de ce mal-être ? Sont-ils détectables ?
“On peut dire que bon nombre de personnes suicidaires donne des signes précurseurs sur leur intention. L’intention est pensée en tant que seul moyen pour mettre fin à une souffrance devenue intolérable, pour laquelle l’individu a cherché sans succès à trouver une solution à ses problèmes. Souvent, lorsque l’on y repense “après”, on réalise qu’effectivement des “petits signaux” auraient pu alerter. D’où l’importance de mettre en place des actions de sensibilisations aux signes de repérages qui sont parfois si “visibles” que l’on n’y prête pas forcément attention.
Existe-t-il des idées fausses par rapport au suicide ? Si oui, lesquelles ?
“On parlera plutôt d’idées reçues qui demeurent encore aujourd’hui au travers de petites phrases : “puisqu’il en parle, il ne le fera pas”, “pour se suicider, il faut être courageux” (ou lâche), “parler du suicide à quelqu'un, c’est l’inciter à le faire”, etc… La personne suicidaire ne recherche pas forcément la mort, mais comme je l’ai déjà dit, à mettre fin à une insupportable souffrance. Ce n’est pas le seul “choix” qui lui reste mais probablement le seul qu’il perçoit : ce n’est donc plus un choix. Il n’est pas question d’héroïsme ou de lâcheté. En parler, c’est avant tout ouvrir la porte à un dialogue, c’est reconnaître un malaise.
Quel est le rôle de l'entourage quand l'un des siens va mal ?
“Son écoute est importante. Il peut être un accompagnant mais bien entendu, s’il y a problème, il ne pourra pas se substituer à un professionnel. S’il est inquiet, il peut amener une personne à consulter, pour peu qu’une relation de confiance existe. Sachant que l’entourage n’est pas forcément la famille. Ce peut être un ami, un voisin, un professeur, un collègue de travail… Il peut permettre aussi dans la prise en charge, d’obtenir des éléments qui vont avoir leur importance pour tenter au mieux d’aider la personne qui va mal. Tout relève du bon sens, il doit éviter de camper sur de fausses certitudes, être présent mais pas “pesant” et garder confiance.
Doit-on consulter ?
“La consultation peut être difficile à amener d’emblée. Toutefois si l’on repère des signes inquiétants de mal-être chez un proche, surtout ne pas hésiter à demander conseil, ne pas rester avec son inquiétude. L’entourage a aussi souvent besoin d’être soutenu. Le médecin traitant peut être consulté. Il est à même de discerner, voire d’orienter au mieux la personne en mal-être. Il existe bien entendu les structures de proximités, telle que le Centre médico-psychologique. Chacun, à un moment ou un autre, pour diverses raisons, peut être concerné par la souffrance psychique qui peut affecter ses capacités à résoudre le problème. Il est important de continuer à agir dans le sens d’amoindrir les difficultés qui existent. Une information élargie est, indispensable pour que cette souffrance entendue, reconnue et aidée”.
Des réseaux de prévention sur le Pays Cob
Face à la problématique de la souffrance psychique et du suicide, les professionnels, bénévoles et élus se réunissent en réseau. Leur objectif, agir collectivement pour favoriser la prévention.
Sur les cantons de Gourin et de Guémené-sur-Scorff, la Mutualité Française, à travers la mission MISACO (Mission d’accompagnement de collectifs autour de la prévention de la souffrance psychique et du phénomène suicidaire), anime deux collectifs de prévention de la souffrance psychique et du suicide. Ces collectifs rassemblent des personnes d’horizons différents : professionnels de santé, des travailleurs sociaux, responsables associatifs, élus…
Les rencontres ados-adultes
Sur le Centre Finistère, l’association Ulamir de l’Aulne anime une réflexion sur la souffrance des jeunes et une autre sur celle des personnes âgées. En lien avec la Mutualité sociale agricole, l’Ulamir de l’Aulne a pour objectif de favoriser l’expression et l’écoute des jeunes. C’est dans ce cadre que l’association a organisé une journée d’échanges entre adolescents et adultes intitulée “les Rencontres ados-adultes : opinions croisées”, le 18 octobre dernier.
Des formations
L’Ulamir de l’Aulne, en partenariat avec le conseil général du Finistère et le Pays du Centre Ouest Bretagne, propose des sessions de formations pour les intervenants à domicile sur le repérage de la souffrance psychique et du risque suicidaire chez la personne âgée. La prochaine formation est prévue les 17 et 18 décembre 2008, à Châteauneuf-du-Faou et sera animée par les Dr Grinner et Bouché.
Pour plus d’informations : Isabelle Rolland, Animatrice territoriale de santé au 02 96 29 26 53.
Sur le plan Européen, la France reste le pays le plus sévèrement touché, même si les chiffres tentent à se stabiliser depuis quelques années. Dans notre pays, la Bretagne (en prévalence les départements des Côtes d’Armor et du Finistère) est la région la plus touchée par le suicide, suivi de la Basse-Normandie, la Picardie et les Pays de la Loire.
A retenir
Soirée-débat “Prévenir le suicide” à Gourin. Le collectif MISACO de Gourin, propose une soirée d’information et d’échanges pour prévenir le suicide en Pays du Centre Ouest Bretagne. Cette soirée, ouverte à tous et d’entrée libre, se déroulera : le lundi 17 novembre, à 20 h, au cinéma Jeanne d’Arc à Gourin. Deux courts métrages seront projetés et des professionnels du territoire échangeront avec le public. Seront présents : le Docteur Gilles Gérard (médecin généraliste à Gourin), Patricia Garandel (cadre-infirmier à l’Association Hospitalière de Bretagne) et Isabelle Lemaire (infirmière à l’Association Hospitalière de Bretagne).
Qui consulter ?
Oxyjeunes
Pour les 13 /30 ans et de leur famille, A Carhaix-Plouguer : 18 rue Saint Quijeau, quartier de la Salette. Tél. : 02 98 99 41 86.
A Gourin : 13 rue Jacques Rodallec . Tél. : 02 97 23 59 88. A Rostrenen : 13 rue Abbé Gibert. Tél. : 02 96 29 30 22.
Permanence d’une psychologue
Ecoute et soutien psychologique assuré par une psychologue sur rendez-vous. A Carhaix-Plouguer : annexe du CCAS, rue Hollo - Tél. : 02 98 93 7253.
Centre médico psychologique infantile
A Carhaix-Plouguer : Cité des Peupliers. 5 rue Du Guesclin.
Tél. : 02 98 93 22 90.
A Gourin : 44 bis rue J.-L. Kergaravat. Tél. : 02 97 23 49 79.
A Rostrenen : 20 rue J Pennec. Tél. : 02 96 29 28 77.
Pour les adultes
A Callac : 18 rue du Cleumeur. Tél. : 02 96 45 53 29.
A Carhaix-Plouguer : 14 ter rue du Docteur Menguy. Tél. : 02 98 99 18 81.
A Gourin : 20 rue J.-L. Kergaravat. Tél. : 02 97 23 42 45.
A Rostrenen : 35 rue Ollivier Perrin. Tél. : 02 96 57 40 65.